IV
Je vous ai raconté ma première année de collège. Les quatre années suivantes ressemblèrent à celle-là d’une façon déplorable ; après M. Gradus, vint M. Laurent ; après M. Laurent, M. Laperche ; après M. Laperche, M. Damiens ; après M. Damiens, M. Fischer. Après le de Viris illustribus Romae, le Cornelius Nepos, le Selectae è profanis, le Virgilii Eclogae, le de Senectute, les Géorgiques, les Odes d’Horace, Maecenas atavis, etc. ; sans parler de la Chrestomathie grecque, des Fables d’Ésope, de la Cyropédie de Xénophon, du premier livre de l’Iliade ; du rudiment, du rudiment, du rudiment ; des temps primitifs et des temps primitifs ; de la grammaire et de la grammaire ; des règles et des règles ; le tout sans explications ! – Et puis de la physique sans instruments, de la chimie sans laboratoire, de l’histoire naturelle sans collections, de l’histoire sans critique ; enfin des mots, des mots, toujours des mots !
Faut-il s’étonner que tant de gens n’aient que des mots dans la tête ? On ne nous apprend que cela dix ans de suite. C’est la mémoire mise à la place du raisonnement ; c’est la formule, la règle sacro-sainte, posée sur l’intelligence, comme une cage sur un oiseau.
Bienheureux quand, dans un de nos pauvres collèges municipaux, se rencontre un professeur qui ramène les esprits au sens du vrai, et s’efforce de faire comprendre à ses élèves que la beauté d’une œuvre littéraire ne résulte pas de l’arrangement des mots, mais de la justesse des pensées, de la profondeur des sentiments et de la vérité des observations ; cet homme, avec des sujets médiocres, fait des élèves remarquables, en vertu du proverbe que dans le royaume des aveugles les borgnes sont rois.
J’avais commencé mes études jeune, plein d’ardeur et d’illusions, et, cinq ans après, le rudiment m’avait abruti ; l’encombrement des mots de chimie, de géographie, de physique, de latin, de grec, de mythologie, de noms propres, de dates, de règles, et même d’allemand, que nous enseignait aussi M. Laperche, d’après la même méthode que son grec, cet entassement était devenu tel que je n’y comprenais plus rien moi-même.
Je prenais les mots pour des choses. Après avoir récité la liste des corps simples, je croyais les connaître ; après avoir répété mot à mot un chapitre de physique, je me figurais être aussi savant qu’Ampère, Arago, Gay-Lussac, etc., sans avoir jamais rien vu, rien expérimenté.
Pour le grec et le latin, c’était différent ; quand on me parlait de la beauté d’une ode d’Horace, d’un chant d’Homère, d’un discours de Démosthènes, je me figurais qu’on voulait se moquer de moi ; que rien n’était plus ennuyeux ; que tous ces gens-là radotaient, qu’ils cousaient des mots les uns au bout des autres, d’après les règles de la syntaxe, comme M. Gradus ; et Bossuet, Corneille, Racine, Boileau me produisaient le même effet ; leurs chefs-d’œuvre me faisaient suer à grosses gouttes ! Tous mes camarades avaient la même façon de voir ; mais nous voulions être reçus bacheliers, et nous prenions la mine de gens convaincus. L’ennui, le découragement nous avaient saisis ; et voilà ce qu’on appelle développer dans la jeunesse le sentiment du beau, le goût de la littérature, le culte des anciens.
Bref, on nous avait rendus stupides ; et, puisque nous en sommes sur ce chapitre, je soutiens que bien des jeunes gens sortent de leur collège dans le même état ; qu’ils ont perdu le sens commun, et qu’il leur faut deux ou trois ans pour se remettre, quand ils se remettent, car beaucoup n’en reviennent jamais, et ceux-là restent des machines toute leur vie ; après avoir eu l’opinion de leur professeur, ils ont l’opinion de leur gazette ; ils s’appellent entre eux gens sérieux, raisonnables ; ils condamnent tout mouvement vers le progrès, et ne connaissent absolument que leurs formules ; tout ce qui dérange leurs formules est détestable ; ils ne veulent pas en entendre parler, ils le repoussent et le proscrivent.
Le pire, c’est qu’un grand nombre, outre le sens commun, ont aussi perdu le sentiment de la dignité naturelle à l’homme. Je ne parle pas des vices que l’ennui profond engendre dans les établissements fermés, je parle du sentiment de la justice et de la liberté ; je parle du courage nécessaire pour soutenir son droit envers et contre tous ; je parle de la bassesse de caractère qui succède à la fierté native de tout être bien conformé ; oui, l’affaissement des caractères résulte aussi de ce système d’instruction.
La quatrième année de mes études, étant en seconde, il arriva pendant l’hiver quelque chose de bien singulier.
J’avais alors quinze ans ; j’étais malade depuis quelques mois, malade d’ennui, pâle, les yeux creux, maigre comme un clou ; de grands cheveux bruns me retombaient sur le front, quelque léger duvet commençait à paraître sur mes joues et mes lèvres ; je m’affaissais. Il me fallait toute la vitalité que j’avais puisée autrefois dans l’existence heureuse de la famille, en pleins champs, pour me soutenir encore un peu ; et, pendant les récréations, je restais toujours à moitié couché sur le banc, derrière mon pupitre, regardant avec indifférence les jeux des autres élèves.
Je voyais tout en noir.
Mon ami Goberlot, l’année d’avant, était parti pour Fribourg, d’où le pauvre garçon devait revenir bien changé par les Jésuites. Mais cela ne regarde pas mon histoire, et je ne veux pas dire de mal d’un vieux camarade.
« Quel malheur d’être venu dans ce monde ! Quel tas de Canard, de Gradus et de Laperche nous environnent ! Quelle quantité de mensonges on vous fait avaler pour des vérités ! Dieu du ciel ! faut-il que, sans savoir ni comment ni pourquoi, nous soyons condamnés à ces galères ? »
C’est à ce genre d’idées peu consolantes que je me livrais depuis quelque temps. Je tremblais, je pleurais pour rien ; j’étais devenu comme une femme, et pourtant je ne connaissais aucun vice. C’est à force d’avoir avalé du rudiment, de la nomenclature et des injustices, que je me trouvais dans cet état.
Or, vous saurez que, en ce temps de crise, trois ou quatre grands gaillards de dix-huit à vingt ans avaient pris l’habitude de molester les petits et même de les battre, lorsqu’ils n’acceptaient pas leurs vexations d’un air de bonne humeur ; c’étaient des fils de famille qui se livraient à ces distractions, au lieu de préparer leur baccalauréat ; mais les professeurs leur donnant des leçons particulières, ils étaient sûrs d’arriver tout de même.
Le maître d’étude Bastien fermait les yeux sur ces choses, les tyrans de nos récréations avaient donc beau jeu.
Le plus acharné de ces mauvais drôles était M. Charles Balet, le fils de l’avocat Balet, de Sarrebourg, un fainéant, un ivrogne, une nullité dont les vices n’ont fait que s’accroître de jour en jour, jusqu’à l’époque où, s’étant ruiné de fond en comble, il devint chaudronnier ambulant, menant son âne pelé par la bride. Tout le pays a vu cela.
Mais alors c’était un riche ; il faisait des farces et ne se refusait rien, en fait d’insolences et de brutalités, sur les petits qui ne pouvaient pas lui résister.
Un soir donc, pendant les grands froids de janvier, tous les élèves étaient réunis dans la salle d’étude ; les uns jouaient à la main chaude, aux billes, etc. ; d’autres causaient autour du poêle, quand tout à coup un immense éclat de rire retentit.
M. Charles Balet venait de faire une farce à l’un des petits, Lucien Marchal, un bon petit garçon de onze à douze ans, bien doux, bien tranquille, et même un peu rêveur, comme il arrive aux enfants éloignés pour la première fois de leurs parents.
M. Balet venait de lui tirer brusquement la chemise, par un trou du pantalon ; c’est de là que venait la joie des autres.
Le petit Marchal, tout rouge de honte, se dépêchait de rentrer sa chemise ; mais Charles Balet, encouragé par son triomphe, la retirait aussitôt à grandes secousses, de sorte que l’ouverture du pantalon s’élargissait toujours, et que Marchal, au milieu du cercle des rieurs, et trop faible pour se défendre, se mit à pleurer.
Moi, derrière mon pupitre, j’avais regardé cela ; je sentais mes joues trembler.
Depuis longtemps j’en voulais à ce tyran, qui n’avait pourtant jamais osé m’attaquer, devinant sans doute, quoique beaucoup plus grand et plus fort que moi, qu’il pourrait bien risquer quelque chose et recevoir des égratignures, ce qui n’entrait pas dans son caractère.
De mon côté, me sentant beaucoup plus faible, j’hésitais ; mais, aux sanglots de Marchal, l’indignation l’emporta.
– Dis donc, Balet, m’écriai-je en élevant la voix, tâche de cesser tes mauvaises plaisanteries ; je te défends de tourmenter les petits.
Le gueux se retourna stupéfait de mon audace ; il me regarda de haut en bas, surpris de voir qu’un nabot, comme il m’appelait, osât porter atteinte à son autorité.
Tous les autres, non moins étonnés, s’étaient tus, regardant... écoutant.
Je sortis lentement de ma place derrière la table, devinant qu’il allait falloir livrer bataille, et résolu de faire payer cher sa victoire au grand lâche que je détestais.
Il était devenu d’abord tout rouge, et puis pâle.
– Tu me défends, toi ! dit-il en ricanant ; tu me défends ?
– Oui, lui répondis-je froidement et les dents serrées, je te défends de battre les petits !
Alors il leva la main ; mais aussitôt la colère amassée dans mon cœur eut sa satisfaction, et d’un bond je lui sautai au cou comme un chat, les ongles plantés derrière ses oreilles.
Il fit entendre un cri terrible.
En même temps, tous les camarades, surtout les petits, transportés d’enthousiasme en voyant le tyran attaqué, me crièrent :
– Courage, Nablot... courage !
Je n’avais pas besoin d’encouragements ! Le grand Balet me frappait des deux poings à la figure, et le sang me jaillissait du nez, mais je ne lâchais pas prise ; je me cramponnais, mes ongles entraient dans sa chair de plus en plus, et je riais comme joyeux, en lançant au bandit des coups de pied dans les jambes, avec une rage qui le fit bientôt crier :
– Au secours !... On m’étrangle !...
Personne ne bougeait.
– Ah ! grand lâche, lui dis-je en redoublant, tu as peur !
Et le frémissement d’enthousiasme, les cris de « Courage, Nablot ! » furent tels que le maître d’étude entendit du corridor, et M. le Principal de sa chambre au fond.
Tout à coup la porte s’ouvrit ; M. Rufin, M. Bastien, Canard et Miston parurent à l’entrée de la salle.
Balet, se voyant secouru, redoublait ses coups de poings ; mais il chancelait, il suffoquait, il pleurait, quand de tous les côtés à la fois je fus saisi et arraché de son cou sanglant.
– Monsieur Nablot, je vous chasse ! me criait le Principal, je vous chasse !... Dans votre position... maltraiter M. Balet !... c’est abominable !...
Je n’écoutais rien. Et pendant que les autres me tiraient par les bras et le collet de l’uniforme pour m’entraîner, regardant le tyran d’un œil sauvage, je lui dis en riant :
– Ça t’apprendra, grand lâche, à battre les petits... Attention à toi !...
Et comme il me menaçait encore, me voyant retenu, d’un mouvement terrible je me dégageai de toutes les mains, et, bondissant, je lui crachai à la figure.
Alors le Principal indigné me fit saisir et porter au cachot.
Les vitres de la prison étaient cassées, il ne restait que les barreaux. Le vent, le froid, la pluie et la neige entraient tour à tour dans cette petite pièce, étroite et sombre, où se glissait rarement un rayon de soleil. On me mit là sur les dalles, et je ne bougeai pas pendant quatre heures ; le sang à la fin s’était gelé sur ma figure. J’entendis sonner la cloche pour aller au réfectoire, puis pour la récréation, puis pour le coucher.
Tout le monde était au lit depuis une heure, il gelait à pierres fendre, quand un pas lointain glissa dans le corridor, une clef entra dans la serrure ; M. le Principal lui-même s’était souvenu de moi. Canard, Miston, le père Dominique, le père Van den Berg m’avaient oublié, ou peut-être pensaient-ils que j’étais indigne de vivre, ayant osé battre M. Balet, le fils du premier avocat de Sarrebourg.
M. Rufin tenait sa bougie, qu’il abritait d’une main ; il me dit :
– Levez-vous... allez vous coucher... J’ai fait prévenir votre père, il viendra vous prendre demain.
Je me levai sans répondre, et, montant le grand escalier sombre, je me lavai la figure en passant à l’aiguière, et puis j’allai me mettre au lit, moitié content, moitié inquiet.
Les paroles du Principal me revenaient à l’esprit : « Dans votre position, battre M. Balet !... » Je me demandais ce que cela voulait dire.
Il était dix heures, et la cloche sonnait pour la dernière étude avant midi, lorsque je m’éveillai dans le grand dortoir désert, les fenêtres toutes blanches de givre. Les camarades me voyaient dormir comme un bienheureux, la figure toute bleue de coups, ne m’avaient pas réveillé, et le maître d’étude, M. Bastien, pensant que j’étais chassé du collège, ne s’était pas non plus occupé de moi.
Je me levai ; et tout en m’habillant, assis sur le lit, égayé par le jour clair et blanc de l’hiver, par la satisfaction d’avoir battu celui que je détestais, je me mis à siffler comme un merle. J’étais las du collège, et, quoi qu’il pût m’arriver, rien ne pouvait être pire que cette existence de prisonnier ; c’est du moins ce que je pensais.
« Tu seras clerc de ton père, me disais-je, tu travailleras dans l’étude, en attendant l’âge de t’engager. »
Mes idées s’éclaircissaient, et je prenais gaiement mon parti de tout, quand, au fond de la grande salle, parut M, Canard, en cravate de couleur et une petite calotte sur l’oreille, qui me cria d’un air narquois :
– Eh bien, monsieur Nablot, vous ne voulez donc pas nous quitter ?... Votre papa est en bas, qui vous attend.
Comme je croyais tout terminé avec ce collège, je lui répondis, en imitant son accent nasillard :
– Tout de suite... monsieur Canard... tout de suite !...
Ce qui l’offensa gravement.
– Monsieur Nablot, dit-il, qui vous a permis de me contrefaire ? Vous êtes un malhonnête...
– Et vous, monsieur Canard, vous êtes un homme injuste : vous m’avez donné de la mie pendant quatre ans, parce que mon père ne vous graissait pas assez la patte.
Alors il devint tout rouge, et comme il restait là, ne sachant que répondre, je passai devant lui lentement et je descendis l’escalier.
En bas, dans l’antichambre de M. le Principal, j’entendis la voix de mon père, et je frappai.
– Entrez !
Mon père était là, debout.
En me voyant entrer la figure toute machurée, l’excellent homme, fort triste, comme on pense, ne put s’empêcher, malgré le chagrin que je venais de lui donner, de m’embrasser avec attendrissement.
– Mon pauvre enfant, dit-il, comment as-tu pu maltraiter un de tes camarades ? Ce n’est pourtant pas ton caractère.
– Monsieur Nablot, dit le Principal, vous vous faites illusion sur Jean-Paul ; c’est un caractère intraitable, un mauvais cœur.
– Le grand Balet a trois ans de plus que moi, dis-je alors ; il bat tous les petits depuis longtemps ; je lui ai défendu de continuer, et c’est lui qui a commencé ; qu’on demande à tout le monde : il a commencé.
– M. Balet est à l’infirmerie ; vous l’avez battu d’une façon indigne, il a les jambes toutes noires. Vous avez voulu l’étrangler... Vous êtes un caractère violent.
– Je n’ai jamais fait de peine à personne, répondis-je ; mais je ne me laisserai pas battre. Le grand Balet me croyait plus faible, il s’est trompé. Tous les camarades m’ont donné raison ; qu’on leur demande ce qui s’est passé ; ce sont eux qu’il faut interroger, et non pas le grand Balet, ni M. Bastien, qui n’était pas là. Qu’on fasse venir les petits... qu’on les interroge... on verra !...
Il y eut un instant de silence, et mon père, profondément ému, me dit :
– Écoute, Jean-Paul, je viens d’intercéder pour toi. C’est une honte... une grande honte d’être chassé du collège ; cela vous suit toute la vie !... Je viens de supplier M. le Principal de t’excuser ; il s’est laissé fléchir, mais à une condition, c’est que tu feras des excuses à M. Balet, un de tes anciens... un...
– Jamais ! répondis-je brusquement, non !... Quand j’ai raison, je ne fais pas d’excuses... ce serait une bassesse... Tu m’as toujours dit qu’il valait mieux tout supporter que de faire des bassesses !
– Vous l’entendez ? dit le Principal.
Mon père était devenu tout pâle. Il me regarda quelques secondes, les yeux pleins de larmes.
– Oh ! Jean-Paul !... fit-il tout bas.
Puis, se tournant vers M. Rufin, il dit d’une voix un peu enrouée :
– Je les ferai pour lui, monsieur le Principal, si vous voulez bien le permettre...
Alors, entendant cela, je pris ma casquette sur la chaise, et je sortis le cœur déchiré. Le Principal me cria de la chambre :
– Retournez à votre place à la salle d’étude ; en considération de l’honnête homme dont vous êtes le fils, je veux bien vous recevoir encore.
Je m’arrêtai deux secondes dans l’antichambre, me demandant si j’accepterais. Jamais je n’ai réfléchi plus vite ; les idées me passaient par la tête comme des éclairs ; l’affection que je portais à mon père me décida.
« J’irai jusqu’à la fin de l’année, me dis-je, et puis ce sera fini ; j’en ai bien assez ! »
Et d’un pas plus lent, traversant la cour, j’entrai dans la salle d’étude.
Tous les yeux se levèrent.
Je passai près du poêle, j’enjambai mon pupitre et je m’assis à ma place.
M. Bastien s’approcha doucement ; comme il allait me parler, je lui dis à voix basse :
– Je suis venu par ordre de M. le Principal.
Au même instant, mon père et M. Rufin passaient dans la cour, devant les fenêtres, sans s’arrêter. Le maître d’étude retourna s’asseoir dans sa chaire, et je me mis tranquillement à faire mon devoir, jusqu’à l’heure où la cloche annonça le dîner.
Tout alla comme à l’ordinaire, personne ne me parla de ce qui s’était passé.
Huit jours après, le grand Balet revint aussi s’asseoir à sa place. Quelquefois, en levant les yeux par hasard, je le voyais qui m’observait ; aussitôt il regardait ailleurs. Il vexait encore les petits, mais le prestige de sa force était tombé, quelques autres grands prenaient la défense des faibles.
Quant à moi, j’étais devenu encore plus sombre qu’avant ; une chose m’humiliait, c’est que mon père eût fait des excuses ; en pensant à cela, tout mon sang se retournait, cela me paraissait contre nature, et, puisqu’il faut dire toute ma pensée, je lui en voulais...
Les choses allèrent ainsi jusqu’à la fin de l’année. Les camarades se tenaient en quelque sorte éloignés de moi ; je me souciais aussi fort peu de leur amitié ; depuis le départ de Goberlot, je n’avais plus d’affection particulière au collège. L’étude m’ennuyait de plus en plus. Enfin, les vacances revinrent comme d’habitude. Je n’obtins pas un seul prix ; cette fois, le dégoût était complet, et j’étais bien décidé à ne plus revenir.